The Soldier in Later Medieval England

L’armée française en 1415 (version française)

Anne Curry, Rémy Ambühl, et Aleksandr Lobanov (Université de Southampton)

Grâce aux fonds d’Azincourt 600, nous avons pu rassembler pour la première fois un ensemble systématique de données sur l’armée française en 1415. Nous sommes reconnaissants à Laetitia Renault et David Fiasson pour leur aide. Il s’agit d’un travail en cours et nous accueillerions avec reconnaissance tout commentaire et complément d’information. Après une brève introduction, nous introduisons notre ensemble de données ci-dessous, sous deux titres principaux : Préparations françaises ; et les Français à la bataille d’Azincourt.

Nous vous prions de ne pas oublier de mentionner ce site si vous deviez vous servir de toute information qui en provient dans une publication ou sur d’autres sites internet.

Introduction

Nous ne sommes pas les premiers à tenter de faire la liste des Français impliqués dans la Bataille d’Azincourt. En 1865, René de Belleval publia un livre très significatif Azincourt (Paris: Librairie Dumoulin, 420 pages, disponible sur https://archive.org). Né à Abbeville en 1837, Belleval vécut jusqu’en 1900, publiant plusieurs ouvrages d’histoire et de généalogie. Avec Azincourt, Belleval tenta de faire pour les Français ce qu’Harris Nicolas avait fait pour les Anglais dans son Histoire de la Bataille d’Azincourt (1827, 1832, 1833). A un récit de la bataille, Belleval ajouta des listes de morts et de prisonniers, incorporant ceux dont la présence était reconnue mais qui n’avaient été ni tués ni capturés. Ses informations provenaient des chroniques mais également des archives administratives ayant survécu, particulièrement dans la Collection Clairambault à la Bibliothèque Nationale. Il y ajouta de brèves biographies des hommes qu’il avait trouvés.

Le travail de Belleval nous a fourni un point de départ très utile. Nous avons commencé par mettre ses résultats sur des bases de données, mais ne nous sommes pas parvenus beaucoup plus loin que lui. Nous avons découvert par exemple que le matériel de la Collection Clairambault dont il s’était servi, n’était pas complet. Nous avons donc pu y ajouter d’autres entrées de données. De même avons-nous considéré d’autres collections d’archives en France et en Angleterre, mais pour l’heure nous ne pouvons pas prétendre avoir examiné tout ce qui pourrait être pertinent.

Tout comme en Angleterre, les traditions familiales se sont développées autour de la présence d’ancêtres à Azincourt et ont trouvé leur place dans des ouvrages-clés de généalogie, comme ce fut le cas de celui du moine augustinien, Père Anselme de Sainte-Marie (Pierre de Gibors, 1625-1694), Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, publié pour la première fois en 1674 mais développé dans une troisième édition de neuf volumes en 1726-33 par Honoré du Fourny. (Le texte complet est disponible en ligne sur gallica.bnf.fr). Belleval et des écrivains ultérieurs ont tiré parti du travail d’Anselme de même que du Dictionnaire de la Noblesse par Aubert de La Chenaye des Bois (1699-1784), publié pour la première fois en 1757, publié ensuite dans une troisième édition de 19 volumes en 1863-66 (disponible aussi sur gallica.bnf.fr). Bien souvent, la référence à d’autres sources ne permet pas de justifier des affirmations de présences aussi anciennes.

La Cour Amoureuse dit de Charles VI, ed. Carla Bozzolo et Hélène Loyau (trois vols en deux, Paris, 1992) qui fait la liste des membres d’un ordre de chevalerie fondé en 1400, est une aide utile pour notre travail. En nous procurant de brèves biographies les éditeurs nous suggèrent également des présences à Azincourt. Bien que dans certains cas aucune source contemporaine ne soit donnée en justification, nous avons néanmoins inclus ces suggestions dans notre base de données.

L’identification de personnes est souvent difficile en raison d’inconsistances dans l’orthographe des noms (particulièrement dans les sources écrites en Angleterre) et parce que les nobles étaient quelquefois enregistrés sous leur nom de famille et quelquefois selon leur titres. Par excès de prudence, nous avons fait deux entrées dans nos bases de données, même lorsque nous avions toute raison de croire qu’il s’agissait du même homme.

Préparations françaises

L’organisation militaire française avait de nombreux parallèles avec l’organisation anglaise. Les troupes au service du roi étaient payées, qu’il s’agisse d’un service à long terme dans les garnisons, ou de levées de troupes pour une action spécifique, comme ce fut le cas en 1415 pour résister aux Anglais. Bien que les Français n’aient pas pratiqué un système de contrat, les hommes étaient engagés au service du roi et l’on attendait d’eux qu’ils amènent avec eux un certain nombre de troupes. Ceci était vérifié par le moyen de montres. Les hommes apportant des troupes avec eux donnaient également des quittances pour la solde reçue après les montres. Quelquefois nous avons aussi des ordres de payer les troupes liés à l’envoi de montres vers les officiers des finances de la couronne.

Ces documents forment une partie des archives de la chambre des comptes, l’équivalent français du Royal Exchequer en Angleterre. La chambre était basée à Paris, mais au fil des siècles ses archives ont subi des pertes et dommages. Par conséquent, les documents qui nous intéressent ont terminé leur route dans des lieux de conservation d’archives du monde entier. Au 17e siècle et au 18e siècle, Pierre et Nicolas-Pascal Clairambault, généalogistes royaux, ont établi une collection de documents issus de la chambre des archives. Alors que les archives principales de la chambre des comptes subirent des pertes suite à un incendie en 1757 et aux actions anti-royales de la Révolution française, la Collection Clairambault survécut et finit dans ce qui est désormais la Bibliothèque Nationale (BNF). Cette collection contient de nombreux documents concernant l’armée française en 1515, mais les volumes étant classés par nom de personnes c’est une lourde tâche que de retrouver tous les documents qui nous intéressent. Nous avons pu nous appuyer sur un fichier chronologique, fait à la BNF et sur la mise en ligne d’un grand nombre des documents (mais pas tous) sur gallica.bnf.fr. D’autres documents de la chambre des comptes ayant survécu ont été rassemblés à la BNF au dix-neuvième siècle dans les séries pièces originales (organisées également par nom de personnes et avec un fichier chronologique), et deux séries dans les manuscrits français: quittances et pièces diverses et montres (organisées chronologiquement l’une et l’autre).

Les montres nous donnent les noms et les rangs militaires des troupes mais les titres des montres nous donnent rarement la moindre indication sur ce à quoi ces troupes servaient. Les quittances ne nous donnent pas de noms si ce n’est celui du chef recevant le solde mais elles comprennent souvent plus d’informations, comme le nom du commandement général sous lequel ils servaient et la nature du service.

Nous avons inclus dans nos bases de données toutes les montres et quittances entre le 30 juin et le 25 octobre et jusqu’à présent nous avons trouvé (228 montres, 343 quittances). Ainsi pouvons-nous voir les Français rassembler des troupes en Normandie en anticipation de l’invasion anglaise et en réponse à celle-ci. La formation de l’armée à Rouen en septembre/octobre se remarque particulièrement. Mais nous pouvons également voir des troupes en garnison, pas seulement en Normandie, et ces troupes étaient également détachées pour protéger Paris (par crainte d’une attaque des Bourguignons).

Notre but ici est de donner les noms de soldats mais nous avons également incorporé leur commandement et leur raison d’être. Des ouvrages publiés se sont déjà servi de ces documents en reconstruisant les actions militaires françaises : voir Anne Curry, Agincourt: A New History; Jonathan Sumption, Cursed Kings. The Hundred Years War IV; and Bertrand Schnerb, Autour d’Azincourt, supplément de la Revue du Nord pour 2016).

Les montres et quittances prouvent que les individus nommés ont accompli un service militaire dans les mois qui ont précédé Azincourt mais elles ne prouvent pas, de par elles-mêmes, leur présence réelle à la bataille. Toutefois, d’autres sources nous montrent que certains de ces soldats étaient à la bataille (voir la première section sur les morts, prisonniers et présences). Il est probable que beaucoup d’autres y étaient aussi.

Les informations sont présentées dans deux ensembles de données

‘L’armée française’ (The French Army) fait la liste de toutes les quittances et les montres dont nous avons connaissance, faisant donc la liste de tous ceux qui commandaient des compagnies.

‘Soldats français’ (French Soldiers) nous donne les noms de tous ceux que nous avons trouvé sur les montres. Certains commandants de troupes ont plusieurs quittances et quelquefois plusieurs montres ayant survécu, ce qui souligne l’aspect continu de leur service. Les mêmes personnes peuvent donc apparaître plusieurs fois dans les bases de données. Il était également commun en France que les capitaines disposent à la fois d’hommes d’armes et de gens de trait (archers et arbalétriers) pour que les troupes soient rassemblées séparément par type, ce qui produisait dans de tels cas un nombre double de montres et de quittances.

C’est un travail en cours. Là où les noms dans une montre n’ont pas encore été transcrits en ‘soldats français’ nous avons mis un astérisque. Les quittances qui n’ont pas encore été examinées en détail seront davantage révélatrices des tailles des suites. Ce site sera mis à jour au fur et à mesure de notre travail.

Les Français à la bataille d’Azincourt

Nous avons établi trois bases de données concernant les hommes qui se trouvaient à la bataille d’Azincourt: les morts français; les prisonniers français; les Français présents (à savoir les hommes qui se trouvaient à la bataille mais qui n’y sont pas morts et qui n’ont pas été fait prisonniers non plus).

Les morts français (The French Dead)

Nous les connaissons surtout à partir des listes des chroniques françaises et anglaises. La plus longue liste avec 273 individus se trouve dans la chronique d’Enguerran de Monstrelet, terminée en 1447. La même liste se trouve dans les chroniques de Jean de Waurin et Jean le Fèvre, mais qui a copié sur qui reste un sujet de débat. La liste la plus longue dans une chronique anglaise se trouve dans des versions du Brut, avec 38 noms.

En outre, il existe deux listes autonomes des morts, établies toutes deux en Angleterre. Une liste de 92 noms (plus trois non-nommés) de morts peut être trouvée dans les archives de la ville de Salisbury, liée à un bref récit du retour d’Henry V en Angleterre (Wiltshire County Record Office, G23/1/1, Salisbury Ledger Book A, folio 55. Ce livre est traduit en anglais dans The First General Entry Book of the City of Salisbury 1387-1452, ed. D. R. Carr, Wiltshire Record Society, 54 (2001). A. R. Malden, ‘un compte-rendu officiel de la bataille d’Azincourt’, The Ancestor, 11 (1904), pp. 26-31, contient le texte latin et une traduction, de même qu’une brève annotation. Une copie datant du dix-huitième siècle peut être trouvée dans les manuscripts Landsdowne 1054, de la British Library.

Une autre liste autonome des morts en mains anglaises au quinzième siècle est devenue la possession de La Bibliothèque Bodleian à Oxford (Bodley MS 3356 folio 211) en 1756 mais à l’origine elle faisait partie de la collection de l’érudit Ralph Thoresby (1658-1725). Cette deuxième liste donne également 92 noms de morts plus trois autres non-nommés et est semblable mais pas identique à la liste Salisbury.

On part en général du principe que les hérauts avaient la responsabilité d’établir la liste des morts après la bataille. Le chroniqueur anglais, Thomas Walsingham, fait remarquer que le nombre des morts parmi les hommes de rang ‘n’était pas calculé par les hérauts’, signifiant par-là que l’identification des morts nommés se faisait grâce aux armoiries, un domaine dans lequel les hérauts étaient experts. Et pourtant une étude de toutes les chroniques, de même que des listes de Salisbury et Thoresby font apparaître des inconsistances considérables dans les noms donnés, suggérant différentes sources de connaissance et de choix d’auteur. Olivier Bouzy a examiné en détail la liste de Monstrelet, concluant que la liste prenait parti pour les victimes bourguignonnes et dérivait de plusieurs listes originales différentes, d’où le fait que certains hommes y sont mentionnés plus d’une fois (‘Les morts d’Azincourt. Leurs liens de famille, d’office et de parti’, Hommes, cultures et sociétés à la fin du moyen âge. Liber discipulorum en l’honneur de Philippe de Contamine, ed. Patrick Gill et Jacques Paviot (Paris, 2012), pp. 221-255.)

En établissant la base de données des morts français nous avons inclus toute personne mentionnée quelle qu’en soit la source, y compris les ouvrages généalogiques d’Anselme et de La Chenaye-Desbois. Des études plus approfondies des archives locales et légales du quinzième siècle allaient nous permettre de résoudre des cas pour lesquels il y avait un élément de doute.

Nous avons dressé une liste des lieux de sépulture (Burials of Agincourt dead) que nous avons dé couverts jusqu’à présent.

Les prisonniers français (Agincourt prisoners)

Les chroniques font également mention des prisonniers bien qu’aucune d’entre elles n’en mentionne plus de 21 (Monstrelet). La plupart des chroniques des deux côtés de la Manche se limitent à ne mentionner que ‘les six grands’ (le duc d’Orléans, le duc de Bourbon, le comte de Richemont, le comte d’Eu, le comte de Vendôme et le Maréchal Boucicaut). La liste de Salisbury nomme 7 prisonniers. Rémy Ambühl a mis en évidence une réfé rence fascinante dans une lettre de rémission (ou pardon) accordée par Charles VI à Jean Chevreau en août 1416 (Archives Nationales, JJ 169, no. 297, publiée dans Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, ed. L. Douët-d’Arcq, 2 vols (Paris, 1863-4), ii, pp. 53-5). Chevreau servait un Français fait prisonnier à Azincourt et, selon son témoignage, il avait été dupé par un compagnon qui prétendait détenir une liste nommant tous les prisonniers et dont il se servait pour obtenir de l’argent de femmes ou autres relations anxieuses de connaître le sort de leur bien-aimés à la bataille. Nous savons qu’après la bataille il existait le problème des ‘portés disparus présumés morts’. Si les hommes ne rentraient pas à la maison, il fallait un certain temps pour que leur sort soit établi, surtout s’il s’agissait de prisonniers emmenés en Angleterre.

Au vingt et unième siècle nous pouvons être davantage certains des noms des prisonniers qu’en 1415! Le roi d’Angleterre ayant droit à une part de la rançon des prisonniers, les archives royales des finances nous apportent des informations sur ceux qui furent capturés à la bataille et dont on exigea une rançon. Les comptes financiers de l’après campagne sont particulièrement utiles pour ce qui est des capitaines servant dans une campagne où les gains de guerre sont enregistrés (The National Archives E 358/6; E 101 Army and Navy Records).

Outre les enregistrements de la Cour de Chancellerie nous retrouvons des sauf-conduits émis pour des hommes ou leurs serviteurs, rentrant en France pour y lever des fonds. Ils sont enregistrés dans les listes françaises (The National Archives C 76, inscrites sur The Annual Report of the Deputy Keeper of the Public Records 44 (1883)). Toutefois, il est difficile de savoir si les sauf-conduits émis à partir de fin 1416 et au-delà se rapportent à Azincourt ou non. Certains prisonniers furent capturés à la bataille de la Seine le 16 août 1416. Dans cette liste nous avons inclus des sauf-conduits jusqu’à fin 1417.

Rémy Ambühl a fait une étude détaillée de toutes ces sources, et tout particulièrement les contrats passés avec la couronne pour le paiement de la portion royale de la rançon (The National Archives E 101/48/2; E 101/45/12; E 101/46/4; E 210/2834, 2837 and 2865). Une complication à ce sujet c’est que les soldats qui capturaient des prisonniers au cours de la bataille vendaient quelquefois leurs droits à un tiers et particulièrement aux habitants de Calais, de même qu’à des hommes aussi célèbre que Richard Whittington, ancien maire de Londres. Les soldats se faisaient ainsi un revenu immédiat tandis que le nouveau maître pouvait espérer tirer profit de la rançon même. Les prisonniers (ou peut-être plus exactement les rançons) constituaient donc une monnaie d’échange. Pour la base de données, nous ne pouvons donc pas être certains que celui qui détenait la rançon était à la bataille, c’est pourquoi nous avons préféré utiliser le terme ‘maître’ plutôt que ‘l’homme qui a capturé le prisonnier’. Dans la plupart des cas nous ne pouvons pas davantage être certains que la libération ait bien eu lieu. La véritable rançon se serait élevée normalement à trois fois le montant que le maître devait payer à la couronne.

(Pour une discussion plus poussée, voir Rémy Ambühl, ‘A fair share of the profits? The ransoms of Agincourt (1415)’, Nottingham Medieval Studies, 50 (2006), pp. 129-50;et ‘Le sort des prisonniers d’Azincourt (1415)’, Revue du Nord, 89 (2007), pp. 755-87.)

Les présences françaises (The French present at Agincourt)

Les chroniques sont la source principale pour ceux qui, tout en étant à la bataille, ne furent ni tués ni capturés. D’autre évidences de l’époque comme les cas légaux sont utiles également. Les traditions familiales y sont aussi apparentes que dans le cas des morts.